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Jour 388 : Nouvelle n°23

- Cassure -

​Je ferme la porte derrière moi. Celle-ci grince comme au premier jour. Je pose mes clés dans la petite coupelle en bois qui se trouve sur le meuble de l'entrée. Pas un bruit dans ce grand appartement. Elle a déjà récupéré ses affaires en prenant soin de ne rien oublier, sauf peut-être un peu de tristesse çà et là...

J'erre dans cet appartement en observant les pièces presque vides. Le silence est assourdissant. Le néon de la salle de bain éclaire le miroir qui me fait face. Là devant moi se jouent cinq années d'une vie. Ma vie. Notre vie... Celle que nous voulions. De nos rires incontrôlés à nos joies partagées, nous avons tout vécu. Devant ce miroir c'est à elle que je pense. A ses yeux brûlants quand elle me regardait. A ses mains froides que je réchauffais. A ma bouche sur son cou. A nos coups sous la douche...

Je continue mon chemin entre ces murs tristes. Le vide a rempli chaque pièce. Nos souvenirs ont fini dans des cartons ou à la poubelle. ​Notre amour a vieilli. Trop vite. Retraite anticipée de nos sentiments. Comme une fêlure dans un mur. Toute fine. Qu'on ne voit pas. Mais qui avec le temps grossit, jusqu'à ce qu'il tombe. Elle est partie avec le cœur lourd comme la pierre...

Son absence prend toute la place. Ses sourires manquent. Les couloirs semblent s'étirer jusqu'à l'infini. Je suis bloqué dans cet appartement que je ne reconnais plus. Je suis un étranger chez moi. Comme une greffe qui ne prend pas. J'ai mal au cœur, mais je ne suis pas triste. Doucement je commence à emballer mes affaires. Je suis client. L'appartement est mon plat. Je fourre mes souvenirs dans mon doggy-bag. ​

Il ne reste plus rien de notre amour. Seule une photo encore accrochée au mur. Celle-ci semble dater d'un temps qui n'a pas existé. Un bout de vie de deux inconnus sur un grand mur blanc. La vie gomme peu à peu son travail. Les sentiments disparaissent et seuls les murs restent. Mais ils ne parlent plus. On ne les entend plus. Le temps s'est suspendu. Je décroche ce bout de papier, le froisse et le mets dans le sac poubelle laissé dans l'entrée. Fin d'un duo.

Mes affaires ont disparu dans des cartons. Ce bonheur s'est envolé. Les rêves se sont réveillés du mauvais pied. Son visage se décompose sous mes paupières fermées. J'inspire les derniers souvenirs suspendus dans l'air. Je reprends mes clés. Je laisse la coupelle pour le prochain couple qui s'aimera entre ces murs. Le meuble n'était pas à moi. Ni à elle. Notre seul point commun sur ce départ. La porte grince une dernière fois. Les clés scellent cette histoire. En bas, m'attend ma nouvelle vie. Une étudiante d'une vingtaine d'années pour qui j'ai tout quitté...

L-ios

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